Élection présidentielle 2017 : le tableau comparatif !

Cette élection présidentielle 2017 aura été particulièrement brouillée par les divers scandales ici et là. Essayons de faire abstraction des parcours personnels, des casseroles et du bruit pour nous focaliser sur les idées uniquement. Les programmes et sites de campagne seront donc la principale base de cette analyse qui, comme pour les dernières élections, ne se veut ni objective, ni exhaustive. C’est un travail que je fais en tant que citoyen et que je partage. Ce sont donc mes préoccupations et mes convictions qui servent de grille d’analyse et l’ensemble reflétera naturellement mes opinions. Vous comprendrez assez vite que, selon moi, les trois priorités sont la réduction du périmètre de l’État, la décentralisation et une économie en santé (avec un chômage faible qui résoudrait en soi pas mal de problèmes que nous connaissons aujourd’hui).

Il y a 11 candidats. Afin d’alléger un peu l’article, vous trouverez le détail des 7 candidats les moins populaires à la fin de celui-ci, en « annexe ».

Les candidats, les programmes

Nathalie Arthaud représente Lutte Ouvrière ; François Asselineau représente l’Union Populaire Républicaine (UPR) ; Jacques Cheminade représente Solidarité & Progrès (S&P) ; Nicolas Dupont-Aignan représente Debout la France ; François Fillon représente les Républicains (LR) ; Benoît Hamon représente le Parti Socialiste (PS) ; Jean Lassalle représente Résistons ! ; Marine Le Pen représente le Front National (FN) ; Emmanuel Macron représente En Marche ! (EM) ; Jean-Luc Mélenchon représente la France Insoumise ; Philippe Poutou représente le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Classement par ordre alphabétique.

Tous les programmes énoncés sont téléchargeables ici. À noter que je n’ai pas inclus le programme de Jean-Luc Mélenchon : d’abord parce que copier-coller toutes les sections de son site de campagne m’aurait pris un temps fou et ensuite parce qu’il y a une version en livre numérique à acheter… je n’allais donc ni payer pour lire son programme que je peux consulter gratuitement ni proposer au téléchargement une version gratuite concurrente de la sienne.

Le tableau comparatif

Cliquez sur l’image pour agrandir.

Notes explicatives : lorsque c’est noté « statu quo », il s’agit rarement d’un statu quo pur, mais qui tolère des aménagements, parfois profonds; il n’y a pas cependant de rupture par rapport à la situation actuelle. La colonne « idéal » représente mon positionnement personnel tandis que « compromis » indique simplement les compromis que je serai prêt à consentir en tant qu’électeur pour « attribuer du vert » à un candidat.

Les non-libéraux et, pire, les antilibéraux ne partageront pas du tout mon analyse. Au-delà de l’importance que j’accorde à la liberté, je ne fais que m’inspirer de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas ailleurs. À moins de faire abstraction des faits, on ne peut que conclure que les cellules vertes constituent de meilleures solutions que les rouges.

Comme vous pouvez le voir, il y a très peu de vert dans ce tableau, surtout si l’on regarde les enjeux clivants. Un simple coup d’oeil me permet de visualiser qu’aucun candidat n’est proche de mes convictions.

Ce qui rassemble les candidats

Commençons cette partie sur une note très positive : la majorité des candidats remettent de l’avant l’alternance (sauf Mélenchon qui fustige l’apprentissage) et la formation professionnelle. Rappelons que c’est ce qui aide la Suisse et l’Allemagne à avoir un chômage chez les jeunes plus faible qu’en France. Bien sûr, si à la base l’État n’avait pas consacré tous ces efforts à décrédibiliser ces filières, nous n’en serions pas là.

Ils sont nombreux à dire vouloir nous rendre le pouvoir. Cependant, aucun ne souhaite nous laisser faire, expérimenter, échouer, réussir ; tous savent mieux que nous ce dont nous avons besoin, tous souhaitent nous guider vers le bonheur en nous tenant fermement par le bras. Autrement dit, aucun n’est un grand démocrate favorable à l’itération. Il y a donc tromperie sur la marchandise.

Tout candidat démago doit trouver au moins un bouc émissaire :

  • le méchant marché avec bien entendu la finance sauvage, oligarchique, déréglementée et barbare qui aspire le capital de la France, délocalise ses outils de production et jette au chômage ses travailleurs quand il ne les pousse pas au suicide ;
  • l’immonde Union européenne et son outil démoniaque qu’est l’euro, véritable dictature déconnectée des peuples qui impose des lois iniques et empêche la France d’être compétitive face au quatrième Reich.
  • les immigrés, surtout musulmans, barbares qui volent les emplois, assèchent les finances publiques, brûlent les campagnes et ne parlent pas français.

Seules exceptions à ne pas fonder leurs programmes sur des bouc-émmissaires étrangers : Emmanuel Macron, François Fillon et Benoît Hamon. Je leur lève mon chapeau, ils sont les seuls à ne pas trop céder aux sirènes de la démagogie.

Ce qui n’empêche pas forcément de profiter du discours qu’on ne cesse d’entendre, tel un bruit de fond : c’est la faute des marchés (libre-échange, commerce international, multinationales, banques…), c’est la faute de l’Europe (l’euro, Bruxelles, etc.) et c’est la faute des étrangers.

Que ce soit clair : il ne s’agit pas d’être euro-crédule, ni de béatifier le système économique actuel (capitalisme de connivence) ni de masquer les enjeux de l’immigration. Il s’agit simplement de soumettre l’hypothèse suivante : serions-nous, avant tous ces boucs émissaires, les premiers responsables de notre situation calamiteuse ?

Plus important encore, à part quelques exceptions sur des sujets très précis, aucun candidat ne s’inspire de ce qui se fait ailleurs, sinon, ils ne manqueraient pas de le préciser. L’expérience de pays étrangers ne vaut rien face à l’omniscience des candidats, et encore moins face aux théories rances. Théories qui ont parfois été appliquées ailleurs… sans succès. Donc non seulement ils ne s’inspirent pas des réussites étrangères, mais en plus ils ne tirent pas les leçons des échecs des autres. La palme en la matière revient sans doute à Mélenchon, ardent supporter du Venezuela chaviste, qui constitue pourtant un cuisant et lamentable échec. Il ne semble même pas capable de tirer les leçons des années Mitterrand, alors qu’il les a vécu de près.

Ils ne tirent pas non plus les leçons de nos échecs à nous. Tenez, par exemple, le Code du travail rigide, le fardeau fiscal, la forte progressivité de l’impôt, la retraite par répartition, le monopole de la sécu, le poids démentiel de l’État dans nos vies, la centralisation… N’espérez surtout pas que ce soit remis en question, bien au contraire, dans une magnifique unanimité, ils veulent tous en rajouter une couche. Sauf Fillon qui, timidement, bouscule quelques concepts sacrés (Code du travail, ISF, 35h, poids de l’État), malheureusement sans transformer l’essai avec de vraies réformes structurelles.

L’expérience est donc remarquablement absente de ces programmes. Nous sommes dans le registre de la pensée magique. Une parole et voilà que coule une rivière de miel, il ne suffit que de cela.

Conséquence logique du refus de faire un réel travail d’introspection tout en s’inspirant des meilleures pratiques, les candidats inscrivent tous leur réflexion dans le cadre d’un État résolument fort et centralisé. Nous n’avons malheureusement aucune alternative : tous sont des jacobins.

Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes.

Bossuet

Ce qui les sépare, ce sont les degrés, la radicalité, certains compromis face à la réalité, certaines nuances, certains ajustements réalistes.

Synthèse par candidat

François Fillon :

Il est tragique que Fillon fût inaudible à cause des multiples scandales. D’une part parce que son programme tranche réellement sur le plan économique par rapport aux 10 autres et d’autre part parce que dans ce domaine c’est lui qui propose les meilleures mesures – ce qui n’était pas difficile.

Concrètement, il est le seul à souligner ces éléments essentiels, imbriqués ensemble :

  • le chômage est le problème numéro 1,
  • le Code du travail génère une peur d’embaucher,
  • tenir compte du travail indépendant en bonifiant et clarifiant le statut d’auto-entrepreneur (seul succès de Sarkozy).

N’en déplaise aux chantres du collectivisme qui s’étranglent face à une austérité fantasmée, l’histoire de la Ve République c’est une constante hausse de la dépense publique, du fardeau fiscal et de l’ingérence de l’État dans nos vies. Grâce à l’Union Européenne nous avons eu quelques bouffées d’air frais avec la fin de certains monopoles publics. Fillon semble nous proposer le début de retour de balancier : c’est plus que bienvenu.

Certes, ce n’est même pas le dixième de ce dont nous avons besoin, certes ce sera encore une usine à gaz, certes dans de nombreux domaines c’est mal barré… Cependant, comparé aux autres, c’est simplement le moins mauvais.

Une parenthèse : « Lancer avec l’Allemagne un musée de la culture européenne à Strasbourg. » Voilà qui sent le lâchage en règle du siège officiel du Parlement européen à Strasbourg.

Ce qu’il manque pour qu’il soit encore meilleur ce programme :

  • de la décentralisation, on reste sur un État très centralisé,
  • moins d’ingérences dans autant de domaines, le recentrage vanté dans le programme n’est qu’une façade,
  • des réformes structurelles ambitieuses, moins de rustines,
  • de l’audace : Fillon est très loin d’être Thatcher.

Aurait-il été préférable que Fillon se retire en laissant une autre personnalité soutenir ce projet ? Le courage en politique, c’est aussi cela.

Est-ce que Fillon appliquerait vraiment ce programme ? Quand on voit son bilan en tant que premier ministre, il y a de quoi douter. Décidément, il aurait fallu un autre candidat pour ce programme.

Marine Le Pen : la jacobine stratège

Vous pensiez qu’il n’était pas possible de centraliser encore un peu plus la France ? Le Front National vous surprendra ! Au moins, donnons-leur cela, ils ne font pas semblant de décentraliser pour centraliser derrière, ils affichent la couleur.

La simplification du millefeuille administratif partait d’une bonne intention, malheureusement ça se fait au profit de l’État central.

Le Front National nous propose, comme d’autres à droite, un État policier et une certaine aversion pour l’immigration.

Marine Le Pen défend un projet résolument protectionniste, mais un protectionnisme intelligent, nous voilà rassurés (sarcasme). Elle luttera naturellement contre la finance et compte bien défendre et même développer les services publics. Elle peut plaire à la gauche non-révolutionnaire.

Sachant que le FN compte sortir de l’Union Européenne et donc de l’euro, j’ai trouvé le programme étrangement chétif sur cet enjeu, surtout par rapport à la monnaie.

Son programme est très policé, on sent bien le travail de dé-diabolisation. Si on se fie uniquement à son programme, le Front National serait une sorte de parti socialiste réactionnaire/conservateur : socialiste sur les questions économiques et sociales, réactionnaire/conservateur sur les questions sociétales et l’immigration.

Comparé aux discours des frontistes, le programme est assez fade finalement. Quoi qu’il en soit, on y trouve quelques mesures de bon sens ou bien cohérentes dans le cadre de leur positionnement, mais rien de bien émoustillant pour résoudre en profondeur les problèmes du pays. En fait dans l’esprit du programme bleu marine, la sortie de l’Union Européenne est une réforme structurelle magique qui résout les principaux problèmes de la France. Elle n’est pas la seule à croire cela parmi les candidats, loin de là.

Emmanuel Macron : rustines jacobines

Macron propose un programme extrêmement décevant. Sur la partie gauche de chaque page du programme, on y trouve souvent un super discours, audacieux, plein de bon sens… et sur la partie droite on y découvre un affligeant alignement de rustines, de mesurettes, de réformettes… Elles sont pas toujours mauvaises, mais elles sont décevantes quand on attend des réformes structurelles audacieuses.

Sur l’Europe il est manifestement le plus motivé et peut-être le plus sincèrement pro-européen. En tout cas, dans le contexte actuel, il adopte un positionnement courageux.

Sur les réformes institutionnelles, avec une démocratie rénovée, plus directe, il est totalement absent, c’est là aussi très décevant.

Macron offre, comme les autres, un programme jacobin pour un État fort et centralisé. Un programme dans la continuité des partis au pouvoir des dernières décennies, sans audace, mais sans menaces tangibles pour l’avenir du pays. Dans le cadre de cette présidentielle, c’est un luxe.

Le programme, l’équipe et la démarche de Macron font vaguement penser à une tentative de grande coalition à l’allemande… Mais avant cela il nous faudrait un Bad Godesberg et des réformes radicales à la Schröder. Macron sera-t-il le socialiste/progressiste qui imitera Schröder ou, mieux, Roger Douglas ?

Jean-Luc Mélenchon : le jacobin clientéliste

Mélenchon, pour résumer, c’est un Robespierre moderne, un Chávez en marinière. La France Insoumise, c’est le NPA en beaucoup plus vendeur : un discours révolutionnaire, mais dépoussiéré et avec une bonne dose de nationalisme. Avec ici et là des mesures passe-partout qui feront passer la pilule. La partie sur la VIe République en est le meilleur exemple. Comment s’opposer à une refonte institutionnelle de cette Ve République à bout de souffle ? Or avec sa constituante, Mélenchon nous la joue Chávez qui avait fait exactement pareil. Cette constituante n’est une garantie de rien du tout : regardez l’état du Venezuela.

La plus grande arnaque, c’est quand même que Mélenchon se fasse passer pour un grand démocrate humaniste alors qu’il a pleuré la mort de Chávez et de Castro. Son programme humaniste et démocratique est en fait à l’image de son fameux hologramme : une illusion d’optique. Rappelons que son hologramme était en réalité une simple projection 2D.

Les fondations idéologiques autoritaires de cette France Insoumise seront toujours plus fortes que la façade respectueuse de la démocratie. Il est question de nationaliser, pardon, mutualiser les imprimeries, serveurs et outils de distribution des médias, d’organiser le blocus de pays souverains, car taxés de paradis fiscaux (au diable la critique de l’embargo américain envers Cuba), d’imposer à 100% la dernière tranche de l’impôt sur le revenu, d’interdire la cotation en bourse des clubs sportifs ou encore de réquisitionner les entreprises « d’intérêt général » (dans le programme, à peu près tout est d’intérêt général).

Le programme collaboratif de Mélenchon est plein d’espérance, mais reste cruellement dans le registre de l’incantation. Pour ce qui est des solutions concrètes, ce programme constitue un formidable concentré de propositions qui n’ont jamais fonctionné. Recettes souvent très coûteuses, ce qui n’est pas un problème : la Banque de France financera. Nous étions vraiment idiots. Tout ce temps, il suffisait à la Banque de France de racheter la dette publique pour isoler nos logements, manger bio, nettoyer les océans et éradiquer l’illettrisme. Voyons, nous n’êtes tout de même pas pour l’illettrisme !?

C’est également un candidat idéologue : l’alternance (apprentissage) fonctionne très bien en Europe, mais c’est libéral, alors c’est non ; la conception alsaco-mosellane de la laïcité fonctionne très bien, mais ce n’est pas républicain-compatible, pas égalitaire, alors c’est non.

Sur l’ALBA, obscure organisation chaviste, son idée a été caricaturée. Je retiendrai la motivation initiale, loin d’être sotte : briser la dépendance de l’Outre-Mer à la métropole et favoriser une meilleure intégration régionale. L’ALBA n’est cependant pas forcément l’outil le plus approprié pour cela et illustre parfaitement le positionnement international que préconise Mélenchon : peu importe qui on rejoint tant que ça embête les Américains.

Au final, le programme de Mélenchon est essentiellement composé de mesures clientélistes. Le niveau est sacrement élevé dans cette campagne, mais il est peut-être le plus démago de tous. Les enfants croient au Père Noël, les adultes croient en Mélenchon.

Conclusion : vous reprendrez bien encore un peu de centralisation ?

C’est entendu, peu importe le gagnant, la France ne prendra pas le chemin de la décentralisation (une vraie décentralisation, pas une blague comme la loi NOTRe), ni de la libéralisation/privatisation et mise en concurrence des services publics (comme dans les pays scandinaves), ni du dégraissement radical de l’État (comme en Nouvelle-Zélande), ni de la réforme institutionnelle libérale (sur le modèle Suisse) – que des pays atroces vous en conviendrez. Ce que nous pouvons espérer de mieux, c’est le statu quo – c’est dire la nullité de ce qui nous est proposé.

J’aurai aimé une position claire de la part des candidats présidentiables sur l’abrogation de la loi NOTRe et le retour de la région Alsace. Malheureusement tout ceci semble bien mal engagé.

Sur le long terme, si nous voulons avoir l’ombre d’une chance de changer l’ADN de la France, d’enfin mettre un terme à ce jacobinisme incapacitant, c’est de commencer nous-mêmes par arrêter de taper sur les boucs émissaires habituels : le marché, l’Europe et l’étranger. Regardons-nous dans un miroir, ne faisons aucune concession envers nous-mêmes, car NOUS sommes responsables de la faillite de notre État, de notre modèle social et de notre projet de Société.

Pas l’Europe, pas les marchés mondialisés, pas les immigrés. Nous seuls sommes les responsables : nous, électeurs naïfs, qui croyons aux promesses, aux lendemains qui chantent et qui négligeons de regarder ce qui fonctionne ailleurs.

Ne nous restent que quelques options, qui peuvent se cumuler :

  • voter blanc, s’abstenir,
  • relire La Grande Parade de Jean-François Revel ainsi que La Route de la Servitude de Friedrich Hayek,
  • voter pour le « moins pire » (Fillon, Macron, Hamon),
  • voter pour bloquer le pire (Le Pen, Mélenchon),
  • voter avec les pieds.

Ayant déjà voté avec mes pieds, j’aurai tendance à voter blanc. Cependant, les positions de Le Pen et Mélenchon m’incitent à voter pour le moindre mal afin de contribuer modestement à leur barrer la route. Hamon est largué dans les sondages. Le programme de Fillon me semble être le « moins pire », mais le candidat a perdu toute crédibilité et sa ténacité à rester malgré les scandales relève plus de la lâcheté que du courage. Macron c’est la continuité, mais peut-être va-t-il nous surprendre avec la grande coalition centriste qu’il nous prépare, qui sait.

Je croyais que j’étais indécis, mais je n’en suis plus certain.

Robert Bourassa


Annexe : suite de la synthèse par candidat (les 7 moins populaires)

Nathalie Arthaud : communiste pittoresque

Nathalie Arthaud, en bonne marxiste antilibérale, propose l’un des programmes les plus liberticides, fruit d’une vision binaire du monde (les riches vs les pauvres, les premiers étant les exploiteurs et les seconds les exploités). Elle dénonce l’exploitation actuelle, mais nous propose une alternative pire encore. Cela étant dit, je partage de nombreux constats, tout en étant bien entendu diamétralement opposé à l’analyse (le méchant marché capitaliste grand coupable) et encore plus aux solutions communistes.

Comme elle le dit, son programme n’est pas un catalogue de promesses. Non, c’est une succession de critiques avec en toile de fond une immense promesse : à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités, le tout assuré par un État qui, promis, cette fois-ci, sera bel et bien démocratique. Une démocratie malheureusement toujours à la même sauce : la dictature de la majorité.

Le programme de Lutte Ouvrière vous plaît ? Alors lisez au hasard la Constitution soviétique de 1936, ça devrait aussi vous plaire. Sur le papier c’est beau, tout a l’air super bien huilé et puis ces gens œuvrent pour le bien-être général, ça ne peut qu’être bien. Quels ont été les résultats ? Prenez n’importe quel régime d’inspiration marxiste si ça vous chante.

François Asselineau : le jacobin dans du formol

Le programme de l’UPR est une longue liste de vœux pieux, une marrée d’idées tantôt obsolètes, tantôt inutiles, mais avec quelques bonnes idées concrètes en guise d’écume.

Asselineau manque parfois de cohérence. Il veut que la France sorte de l’UE, de l’OTAN, de l’euro et que jamais aucune institution internationale n’empiète sur l’échelon national… Mais attention lorsque ce sont les bonnes idées de M. Asselineau, alors là il faut une interdiction universelle appliquée par l’ONU (#25) ! Quant à l’espace francophone, il faudra lui donner une «dimension politique et non-alignée». J’ai hâte de voir M. Asselineau s’épuiser à faire du Canada un pays non-aligné.

L’UPR fait de l’UE l’alpha et l’oméga de tous les problèmes auxquels la France est confrontée. Par exemple la réglementation qui nuit aux entreprises. Il serait temps de reconnaître 1) qu’on n’a pas attendu l’UE pour nuire ainsi aux entreprises et 2) que certains de nos voisins européens, qui subissent la même horrible réglementation européenne, ne connaissent pas de problèmes similaires aux nôtres ou en tout cas de manière beaucoup moins intense.

Avant de penser à sortir de l’UE et faire ce saut vers l’inconnu, n’y a-t-il pas toute une ribambelle de réformes que nous pouvons mener comme des grands ?

Le candidat Asselineau est un nostalgique, en plus d’être omniscient. Il veut revenir au CNR des années 40, notamment avec ses 600 000 agriculteurs supplémentaires et ses innombrables entreprises publiques (il veut nationaliser un paquet de boîtes). La France de l’UPR sera certes néo-bureaucrate, mais aussi future superpuissance agricole… enfin si elle parvient à commercer avec le monde.

De nombreux candidats nous proposent l’État Maman, l’État Papa… Asselineau ne sort pas de sa maison France, il reste bien au chaud dans ses charentaises, radotant sur les bonnes vieilles politiques jacobines : il nous offre l’État Pépé.

Jacques Cheminade : le plan techno-jacobin

Je le confesse, je n’ai pas lu l’intégralité du programme-fiction de Cheminade. Les réflexions sont intéressantes, développées, mais on comprend vite que les pistes avancées sont systématiquement du même ordre : intervention de l’État, plan, s’inspirer de la Chine, incantations.

Par exemple il a une courte, mais plutôt bonne analyse des problèmes liés aux TPE et PME : complexité juridique et administrative, fiscalité pénalisante… Alors la solution devrait naturellement être de drastiquement simplifier tout ça et de réduire considérablement le fardeau fiscal ? Si vous cherchez bien dans la marée de solutions allant dans le sens inverse, vous trouverez une timide baisse de la fiscalité sous forme de progressivité et une tout aussi timide simplification. Pas convaincant.

Son projet pour régler le problème de la retraite par répartition : lutter contre «la dictature financière actuelle qui entretient le pessimisme et un hédonisme à courte vue» afin de créer les conditions pour une hausse des naissances. Logique, la retraite par répartition étant un système de Ponzi, il faut de nouveaux entrants ! On nous bassine avec le capitalisme qui a besoin de croissance, mais on dirait bien que ce sont les étatistes qui en ont un besoin vital.

Cheminade fait beaucoup penser à Asselineau en un peu plus original et pragmatique.

Nicolas Dupont-Aignan : le jacobin qui ratisse large

Le programme de Nicolas Dupont-Aignan est un immense alignement de mesures, tantôt concrètes, tantôt incantatoires. Plus incantatoires que concrètes.

Sur l’Europe je suis assez perplexe : il veut sortir de l’Union Européenne pour rembarquer dans une sorte de projet confédéral, une communauté d’États, qui a beaucoup de similitudes avec l’Union. Simple tour de passe-passe démagogique ?

Page 21 nous pouvons trouver ceci : «Réaffirmer le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. » À la lecture de cette proposition, je me suis dit « chouette, les Bretons, Corses, Basques et Alsaciens vont enfin avoir la possibilité de quitter le vieux rafiot jacobin ». J’ai évidemment été déçu, puisque, c’est vrai, en France jacobine, les beaux principes, c’est uniquement pour l’étranger.

La mesure 15 de la page 44 est choupinette : « Créer un tirage de loto lors des Journées du patrimoine : le produit viendra accompagner les actions en faveur du patrimoine. »

Il faut cependant concéder ceci : c’est un programme plutôt cohérent avec plusieurs petites mesures concrètes intéressantes. On sent bien le positionnement interventionniste et conservateur ainsi que le gros travail de ciblage qui a été fait. Tout le monde trouvera une petite carotte appétissante. Policiers, militaires, infirmiers, enseignants, personnes handicapées, végétariens, écolos, scientifiques, retraités, tout y passe.

Finalement, je retiendrai que Nicolas Dupont-Aignan a une dent contre la viande de cheval.

Benoît Hamon : le jacobin flambeur

Du Revenu Universel d’Existence à la revalorisation de 10% de la rémunération des universitaires et chercheurs en passant par l’augmentation des subventions aux associations, le programme de Benoît Hamon est un immense buffet qui semble à volonté.

Pour le financement, si j’ai bien compris, il s’agit essentiellement de taxer davantage et de croiser les doigts pour que la lutte contre l’évasion fiscale rapporte chaque année des milliards et des milliards. L’austérité, ça fait peur, alors surtout pas de coupures. La courbe de Laffer, connaît pas.

Tout ceci est bien léger. Comment ne pas comprendre les socialistes qui quittent le rafiot PS pour le fringant paquebot chaviste, pardon, insoumis ? C’est que des dépenses en veux-tu en voilà, ça fait quand même moins rêver que la révolution bolivarienne. Hamon est trop terre-à-terre pour faire rêver les socialistes qui aiment tant l’illusion des lendemains qui chantent.

Hamon est cependant lucide et pragmatique sur les questions européennes et dénote un réel respect envers nos partenaires européens en multipliant les propositions. Bien que son programme puisse être qualifié de démago, c’est une petite pointure en la matière (le niveau étant très élevé).

Jean Lassalle : hors-jeu

Difficile de détailler sur un programme aussi rachitique, considérez qu’il est hors analyse dans cet article. D’ailleurs vous l’aviez peut-être déjà remarqué en observant le tableau comparatif.

J’ai découvert sur sa page Wikipédia que Jean Lassalle est un ancien du MoDem et de l’UDF. Pourtant, vue son obsession pour la finance mondialisée je le pensais socialiste ou dans le giron de Mélenchon. C’est sans doute son amour pour les communes et son inclination pro-européenne qui l’ont peut-être incité à se diriger vers la famille politique la moins jacobine.

Quoi qu’il en soit, bien qu’il développe quelques idées intéressantes sur le pouvoir des communes et l’instruction publique, cette manie d’accuser la finance d’être à la source de tous nos maux ne constitue pas un projet politique solide.

Programme très agréable à lire si vous le lisez avec son charmant accent.

Philippe Poutou : cette fois-ci, ça peut fonctionner

Poutou représente le Nouveau Parti Anticapitaliste. Il nous propose naturellement un programme d’inspiration marxiste où il est question d’expropriation et de gratuité pour plein de belles choses. Ne manque que la distribution de bisous.

Le programme a le mérite d’être très détaillé et argumenté. De tous, c’est celui qui propose les réformes structurelles les plus audacieuses. Reste à voir ensuite le résultat de ces réformes antilibérales. Ce n’est pas bien compliqué, il suffit de voir comment se débrouillent les pays qui appliquent ces idées. Indice : il ne s’agit ni de la Suisse, ni de la Nouvelle-Zélande.

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