Immigration : réussir son expatriation

Peu importe où vous allez, peu importe les raisons de votre expatriation, vous allez être confronté à une société différente, avec une culture et des coutumes qui vous sont étrangères et ceci sans votre famille, ni vos amis, ni votre réseau social (le vrai, pas le virtuel). Vous aurez un nouvel emploi, de nouveaux collègues. Vous serez perçu comme un immigré (ce que vous serez). Voici un aperçu des problèmes auxquels vous serez confrontés et des solutions à envisager.

Lorsqu’on parle d’expatriation, on pense souvent qu’il s’agit de quitter son pays pour aller dans un autre. Sachez que votre patrie est en fait bien plus petite que vous ne le pensez. Si vous quittez la Provence pour vous établir en Alsace, vous allez vite comprendre que votre patrie, ce n’est pas la France, c’est la Provence. Ainsi, plusieurs problèmes évoqués peuvent être vécus lors d’un déménagement d’une région à une autre, dans un même pays.

Expatriation : se préparer

S’expatrier, émigrer, est loin d’être un acte anodin à prendre à la légère. Il ne s’agit pas de voyager ou d’être un touriste pour deux semaines. Votre quotidien sera radicalement différent et a priori vous y serez pour des années. Une préparation consciencieuse et rigoureuse prend du temps, mais elle vous évitera bien des désagréments. Elle vous permettra de vous intégrer bien plus facilement.

Avant toute chose, vous devez également vous questionner au sujet de vos motivations : quels sont les motifs réels de votre expatriation, de votre choix ? Si vous pensez que votre expatriation résoudra un problème spécifique, ayez conscience qu’un départ à l’étranger n’est pas une thérapie et n’est donc pas forcément une solution.

Voyage d’exploration

Organiser un voyage dans votre futur lieu d’établissement est sans doute l’une des meilleures choses à faire en guise de préparation. À condition de sortir des sentiers battus, d’y passer un temps significatif, d’aller de préférence précisément là où vous comptez déménager et d’essayer d’avoir un avant-goût de l’endroit.

Autrement dit, si votre projet consiste à vous établir à Brisbane et que vous passez 14 jours en Australie, mais seulement 12h dans la capitale du Queensland et que votre voyage consiste essentiellement à visiter les hauts lieux touristiques entre une balade sur la plage, l’observation de trois kangourous et les restaurants fréquentés par les touristes : c’est mal parti.

Lire

Si vous aimez lire, les grands classiques de votre pays d’adoption ainsi que les petits auteurs locaux sont un excellent moyen de saisir certains aspects culturels de vos futurs voisins.

Les livres d’histoire seront utiles pour comprendre les événements marquants et les fondements de certaines valeurs communes. Par exemple si vous planifiez d’aller au Québec, comprendre ce que sont la Conquête et la Révolution tranquille, c’est comprendre le Québec d’aujourd’hui dans les grandes lignes.

Lire la presse locale est intéressant pour saisir les enjeux et préoccupations du moment.

Enfin il y a les forums d’immigrés à lire et à utiliser. Cela vous permettra d’apercevoir les défis précis qui vous attendent. Découvrir les erreurs des uns et des autres permet de tirer certaines leçons.

Linguistique

Préparez-vous également au niveau linguistique. Vous êtes Français et vous pensez qu’au Québec c’est la même langue ? Vous parlez l’anglais scolaire et vous émigrez en Nouvelle-Zélande ? Regardez les films locaux, les youtubers locaux ou encore la télé locale. Vous comprendrez très vite pourquoi il peut être judicieux de se préparer à un choc linguistique, en plus du choc culturel.

Aspect réglementaire

Un petit mot pour préciser que l’expatriation c’est aussi un processus bureaucratique. Négliger d’entrer légalement et en bonne et due forme dans le pays d’accueil, c’est prendre le risque de se faire expulser après quelques mois ou années et voir s’écrouler tout ce que l’on a construit.

Logistique

L’expatriation n’est pas seulement une histoire de culture, de procédure et d’intégration sociale. C’est également une question de logistique. Certes, il est peu probable qu’une mauvaise logistique empêche votre expatriation de fonctionner, pas plus qu’un bagage perdu ne vous empêche de voyager. Cependant, cela peut vous compliquer la tâche et nuire à votre démarche.

Il s’agit ici de se trouver un logement, éventuellement d’envoyer ses affaires (un meuble de famille brisé, ce n’est pas la joie) ou encore de virer des fonds. Ici aucun conseil précis n’est possible, si ce n’est de se renseigner et de diversifier les sources pour faire appel aux bons intermédiaires et éviter les escroqueries ou mauvais prestataires.

Pour le transfert de fonds je l’avais évoqué dans un précédent article et j’arrivais à la conclusion que Transferwise était la piste la plus intéressante. NB : lien sponsorisé qui vous offre les frais de transfert (totalité ou en partie).

Préparer un plan B

Certaines personnes devront l’envisager, mais je ne pense pas que ce soit impératif. Au moins réfléchissez-y : si pour une raison ou une autre votre plan A, l’expatriation, ne fonctionne pas, que faites-vous ?

Préparation continue

À l’image de la formation continue, vous pouvez poursuivre plusieurs de ces points une fois établi sur place. Continuez de lire la presse locale, les auteurs locaux, continuez à voyager, à explorer votre nouveau coin de pays, continuez à vous préparer à vivre là.

Réussir son intégration

Vous serez un immigré. Vous serez perçu comme tel et vous-même vous vous verrez ainsi, très probablement. À partir de ce constat, que souhaitez-vous ? Vous intégrer ou vivre en bonne entente ?

Vivre en bonne entente c’est simple : vous respectez les lois, les us et coutumes, vous êtes discret, vous ne revendiquez rien, vous vivez éventuellement dans votre communauté d’expatriés. Tout se passera bien, mais vous manquerez certainement l’opportunité de découvrir votre pays d’accueil et, surtout, vous ne vous intégrerez pas. En revanche c’est excessivement facile.

S’intégrer dans une société d’accueil est difficile à plus d’un titre : choc culturel, éventuelles difficultés de compréhension mutuelles, nécessité de bâtir un nouveau cercle d’amis, avoir une nouvelle vie sociale, etc. Votre culture d’origine, pour le meilleur comme pour le pire, aura un impact, de même que votre attitude. Bonne nouvelle : il vous appartient de choisir la bonne attitude !

Parcourez les forums d’immigrés, vous verrez très vite que la raison principale d’un échec amer, c’est l’attitude de l’immigré. Énonçons quelques principes généraux.

À Rome, faites comme les Romains

Personne ne vous oblige à renier votre culture ni vos valeurs, ni ne vous interdit d’en être fier. Ce qui est judicieux, c’est de s’adapter plutôt que de systématiquement faire valoir et cultiver sa différence.

Suivre les coutumes locales est un signal très positif. Allez aux fêtes populaires, même si elles sont à connotation religieuses et que vous êtes athée ou d’une autre religion, car ce sont des événements davantage culturels que cultuels.

S’habiller comme les gens est aussi un signal positif. Il ne s’agit pas d’adopter l’uniforme local, ni d’essayer de vous fondre dans la masse : vous pouvez avoir un style original. L’idée, c’est simple, c’est d’aller magasiner là où « votre cible d’intégration » va magasiner. Cela fonctionne également comme ça dans le monde professionnel : si vous êtes dans les affaires, il est de bon ton d’avoir un costard, si vous êtes dans les start-ups, privilégiez un style plus décontracté. Les vêtements sont une manière de s’intégrer, de montrer que vous faites partie de telle ou telle communauté et de l’affirmer à la vue de tous.

Utilisez le vocabulaire local à défaut de prendre l’accent (ce qui n’est pas donné à tout le monde). Quand un étranger vient vous voir et fait l’effort de parler dans votre langue, cela vous fait plaisir et vous reconnaissez cet effort. En essayant d’utiliser le vocabulaire local, les expressions locales, vous produirez le même effet positif, même si parfois ça fera sourire.

Mangez comme eux ! Continuez à cuisiner comme chez vous et partagez ce qui constitue une richesse culturelle. Cependant, si vous ne faites que cela, d’une part cela vous coûtera probablement cher parce que certains de vos aliments anciennement courants passeront dans la catégorie « produits importés », mais vous passerez à côté d’un aspect essentiel à l’intégration : vivre réellement comme les personnes de votre société d’accueil. Ainsi, vous fréquenterez les mêmes magasins, vous mangerez chez des amis du coin sans que ce soit une expérience exotique et vous vivrez dans votre propre foyer un pan incontournable de la culture locale : la bouffe.

Il y a l’aspect comportemental dont il faut également tenir compte. Cela peut être trivial : dans certains pays il est malpoli de regarder dans les yeux, dans d’autres pays c’est l’inverse. Parfois il faut laisser un pourboire, saluer d’une certaine manière. En Allemagne, respectez les feux pour piétons. En Suisse, en tant que conducteur, respectez les piétons (en fait, où que ce soit, respectez les piétons). Au Brésil, ne faites pas le signe « ok » avec votre main, etc. Bref, il s’agit-là du savoir-être, du savoir-vivre. C’est éminemment subtil et complexe, mais capital. Les voyageurs ainsi que ceux qui ont une clientèle ou des fournisseurs étrangers savent à quel point le respect des codes est crucial pour laisser une bonne impression.

L’idée principale est donc la suivante : s’intégrer consiste à envoyer des signaux positifs comme quoi vous acceptez et faites vôtre la culture locale, sans pour autant oublier vos origines. En effet, intégrer une culture étrangère ne détruit pas votre culture d’origine : vous serez simplement plus original, plus riche… et peut-être à terme un étranger dans votre pays d’origine.

Faire l’inverse consiste à signifier sa différence et à montrer qu’on refuse de se mêler à la société d’accueil. Si vous souhaitez vous intégrer, ce n’est pas une bonne stratégie.

N’exigez rien, respectez

L’erreur commune consiste à croire, à espérer, que la société d’accueil vous doit quelque chose. Que c’est à eux de vous intégrer, de vous accueillir, de s’adapter à vous et de prendre en considération vos exigences, puisque de toute façon vous savez mieux et vous êtes mieux. Non seulement c’est le meilleur moyen d’être rejeté, marginalisé, mais c’est surtout la voie royale pour être déçu.

Vous pensez que vous, vous n’êtes pas comme ça ? Attention, car il peut en fait être facile de glisser lentement vers une telle attitude.

Cela n’empêche pas de rester critique,  mais gardez bien cela à l’esprit : c’est à vous de vous intégrer, c’est à vous de faire les premiers pas, c’est à vous de vous adapter et si cela ne fonctionne pas, c’est à vous qu’il faut vous en prendre. Il est trop facile de rejeter la faute sur les autres.

Comme par magie, vous verrez que vos voisins seront beaucoup plus ouverts (et tolérants !) face à un étranger qui s’inscrit dans une démarche positive et volontariste plutôt que négative et revendicative. Notez que d’une manière générale, c’est un point qui fonctionne même si vous n’émigrez pas.

Ce point est capital dans le milieu professionnel. Dans un même secteur d’activité, pour un même métier, on travaille différemment d’un pays à l’autre. Respectez cela et adaptez-vous. Les Français ont une terrible image en entreprise au Québec à cause de cela : ils savent mieux et les Québécois feraient mal les choses.

Recherchez le contact des locaux

La facilité consiste à choisir le quartier où vos compatriotes résident. Vous partagez les mêmes valeurs, les mêmes références culturelles, probablement des connaissances communes. Ce n’est pas ainsi que vous vous intégrerez pleinement dans votre société d’accueil, car vous serez dans une communauté d’expatriés, presque en vase clos. Fréquenter ses compatriotes, fonder ou rejoindre une association d’expatriés, tout cela ne pose évidemment pas de problème, tout est question d’intensité.

Allez donc à la rencontre des locaux. Devenez membre de leurs associations. Vous avez un intérêt pour tel domaine, tel sport ? Voilà des pistes à explorer. Si vos collègues vont boire un verre, rejoignez-les. Toute occasion est bonne pour les fréquenter.

Cela va être difficile. Il y aura incompréhension, vous serez souvent perdu dans les conversations, vous perdez systématiquement à certains jeux de société, essentiellement parce que vous n’aurez pas les mêmes références culturelles ni les mêmes intérêts (bonjour choc culturel), mais ouvrez grand les oreilles : vous apprendrez.

Vous souvenez-vous de l’étape lecture dans la partie sur la préparation à l’expatriation ? Voilà, vous comprenez : avoir la base au niveau des références culturelles est un atout. Quand on vous parle de la Petite Vie au Québec, vous devez allumer !

C’est en fréquentant les locaux que, non seulement vous réussirez votre intégration, mais surtout que vous profiterez pleinement de votre expatriation.

Statut d’immigré : une force

Être immigré est souvent une faiblesse, principalement du fait de l’absence de réseau, au début du moins. Vous pouvez aussi pâtir de préjugés négatifs, même si l’intention n’est pas mauvaise. Le risque étant de subir ces aspects négatifs et de mal les vivre. Il vous appartient de mettre l’emphase sur les aspects positifs de votre « statut », statut qui vous collera à la peau peut-être toute votre vie (lors de nouvelles rencontres). Faites cela pour vous-même. Plus largement, jugez les gens par leurs intentions plutôt que par leurs actes, vous serez bien plus heureux.

Être un immigré dans un milieu essentiellement de locaux, c’est se démarquer naturellement : on se souvient plus de vous, on vous repère plus facilement. À votre charge que ce soit un souvenir positif et que ce repérage soit source d’opportunités. Jouez avec et faites-en une force plutôt que de le subir.

Il vous appartient de vous intégrer ou non

L’expatriation est semée d’embûches. Si le choix de votre destination fera varier le niveau de difficulté, vous devez essayer de les identifier et vous serez seul responsable de votre réussite ou de votre échec. Si la préparation est importante, c’est votre attitude qui est capitale.

Il en va de même pour un éventuel retour au pays.

Comme disent les Shadocks : « On n’est jamais aussi bien battu que par soi-même ».

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