Le secteur agricole en cinq citations 1

Ces derniers jours sont marqués par des manifestations organisées par les agriculteurs qui ne pourraient vivre de leurs exploitations agricoles et demandent donc de l’aide à l’État. Profitons-en pour rappeler comment fonctionne le marché agricole aujourd’hui en France, qui est responsable de la situation, quelles solutions sont apportées par le gouvernement et comment ça se passe ailleurs.

Fonctionnement du secteur agricole

Les gouvernements ont une vision très sommaire de l’économie : « Si ça bouge, taxez-le. Si ça continue à bouger, régulez-le. Si ça s’arrête de bouger, subventionnez-le. »

Ronald Reagan

Comme n’importe quelle entreprise française, les exploitations agricoles sont beaucoup imposées et taxées (sans oublier les charges salariales). Le secteur agricole est également l’un des plus régulés et encadrés, notamment à cause de la Politique Agricole Commune (PAC), dont la France tient mordicus avec une remarquable constance d’un gouvernement à l’autre. La PAC, c’est :

  • le contrôle de la production (quotas),
  • le contrôle des prix,
  • des subventions (massives et nombreuses),
  • des réglementations.

Si je peux librement acheter ma salade ou mon poulet, si l’agriculteur est bien propriétaire de sa ferme, il faut bien comprendre que le marché agricole n’est pas libre pour autant. Les interventions de l’État sont particulièrement nombreuses et intenses. Les signaux du marché sont complètement brouillés… même la nature devient une entité abstraite et secondaire. On subventionne par exemple la culture de maïs dans des milieux où l’eau manque.

Estimer l’impact de la PAC juste en terme de coût, de budget, n’est pas suffisant. Un quota ça ne coûte rien en tant que tel, mais cela a un impact immense sur le marché.

Crise

L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

Frédéric Bastiat

Les interventions de l’État consistent donc à ligoter les exploitants agricoles, puis à leur donner la becquée. Mais ils ont très faim et parfois, c’est la crise ! Les agriculteurs manifestent donc pour obtenir plus d’aides, plus de subventions : ils tirent la couverture.

Rappelons qu’en 2004, la part des subventions dans le RNEA (Revenu Net d’Entreprise Agricole) a même atteint… 80% ! On peut se poser la question : le métier d’agriculteur consiste-t-il à optimiser son exploitation au regard du marché et de son environnement ou bien au regard des formulaires ? Vaut-il mieux produire une denrée demandée par des clients potentiels et qu’on peut produire sur son site ou bien celle qui est subventionnée ?

Comment ne pas avoir l’impression que l’État a transformé les agriculteurs en assistés ? Non pas qu’ils ne travaillent pas, c’est tout le contraire, mais leur réflexe est de demander de l’assistance à l’État, comme toujours en France. Il est vrai que l’État a une énorme responsabilité dans la situation… mais si, en tant qu’agriculteur, vous demandez à ce que l’État intervienne alors que c’est précisément cette intervention qui rend la situation intenable, alors vous avez votre part de responsabilité.

Résolution de crise

On défend le consommateur en évitant d’augmenter la rémunération du salarié ; on défend le salarié en chargeant d’impôts le capitaliste ; on défend le capitaliste en vendant le plus cher possible au consommateur ; et la justice se trouve ainsi d’autant mieux satisfaite que le salarié, le capitaliste et le consommateur, c’est presque toujours le même type.

Auguste Detœuf, Propos de O.L. Barenton, confiseur (1938)

Pour résoudre la crise actuelle, avec les agriculteurs qui se plaignent de ne pas pouvoir vivre de leurs exploitations, plutôt que la réforme audacieuse, l’État a choisi d’acheter la paix : il promet 600 millions. Fort avec les faibles et faible avec les forts, comme lors du conflit Uber vs taxis. Quant à la dette publique, on n’est plus à quelques millions près, n’est-ce pas ?

La solution proposée par le gouvernement n’est qu’une fuite en avant, le problème de base n’est pas résolu et nous connaîtrons d’autres crises similaires.

Ne surtout pas remettre en question le système

Dieu se rit des hommes qui se plaignent des effets dont ils chérissent les causes.

Attribué à Bossuet

De fait, les agriculteurs soutiennent ces interventions, même s’ils critiquent les modalités. Tous les gros partis français sont pour le maintien ou la modification de la PAC. Les gouvernements français successifs ont toujours défendu la PAC face aux partenaires européens qui souhaitaient sa suppression ou sa réduction. On a l’impression qu’une écrasante majorité de Français chérissent l’intervention de l’État dans le secteur agricole. Bref, le système actuel est réellement chérit. Mais certains se plaignent. Les uns parce que ça ne rapporte pas assez, les autres parce que ça ne soutient pas « le bon type d’agriculture », entre autres critiques formulées par les apôtres de l’interventionnisme agricole, sans mentionner la très longue liste de problèmes générés par ces interventions.

Dès lors que l’on regarde le secteur agricole dans son ensemble, avec l’État qui intervient de différentes manières, qui fait payer le contribuable plutôt que le consommateur et les principaux intéressés qui tirent la couverture, on comprend qu’il y a un problème majeur et que la solution ne consiste pas à signer des chèques ni à opter pour la rustine.

Le constat est simple : le secteur agricole est pourri jusqu’à la moelle par l’intervention de l’État et aucun intervenant ne semble prêt à le reconnaître. Quel est le pire ? Le système que nous subissons ou l’aveuglement général à son sujet ?

Une autre piste : l’assainissement

L’État n’est pas la solution à notre problème ; l’État est le problème.

Ronald Reagan

Ce dont le secteur agricole a besoin, c’est d’être assaini. Cela passe immanquablement par la suppression de la PAC et un désengagement de l’État. Que ce soit clair : l’État aura évidemment encore un rôle. L’État interviendra et punira si un consommateur se fait intoxiquer, si un agriculteur pollue une rivière, si un intermédiaire étiquette « viande de bœuf » de la viande de cheval. Ce qu’on entend par désengagement de l’État, c’est :

  • 0 quota,
  • 0 subvention,
  • 0 contrôle des prix,
  • 0 règlements hors protection de la faune et du consommateur.

On appelle ça un marché libre : des producteurs, des acheteurs et personne pour brouiller arbitrairement les signaux du marché, personne pour orienter autoritairement l’offre. Quand on soutient cette idée, on nous oppose presque la fin du monde. On pourrait douter effectivement : quasiment tous les pays de l’OCDE ont des politiques similaires à la PAC et le secteur agricole y est quasiment partout massivement subventionné.

Tout est dans le quasiment. Non seulement on voit de temps à autre une petite réforme libérale, par exemple la fin des quotas laitiers en Australie, mais il existe un pays qui a mené une réforme agricole libérale radicale, passant du statut d’un des plus interventionnistes de l’OCDE au plus libéral : la Nouvelle-Zélande.

Les Fermiers Fédérés ont justement un message pour leurs collègues français et européens notamment : Vivre après la suppression des subventions. Lisez cette lettre, lisez-là et essayez donc de démontrer qu’on ne devrait pas tenter de suivre leur exemple. Regardez à quel point notre système est pourri, regardez à quel point le leur fonctionne mieux, même s’il n’est pas parfait et réfléchissez un petit instant aux bénéfices que nous pourrions tirer d’un tel assainissement, que vous soyez consommateur, contribuable, agriculteur ou les trois à la fois.

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