Très chère voiture électrique (suite)

En guise d’introduction, rappelons qu’il n’est pas question ici de critiquer la voiture électrique en tant que produit alternatif, en tant que piste sérieuse pour donner la possibilité au conducteur d’avoir un plus vaste choix de véhicules. Nous ne pouvons que nous réjouir de l’arrivée de voitures électriques performantes et bon marché, bref, des voitures compétitives ; bien que cela ne semble pas être le cas aujourd’hui. Il n’y a pas de raison de favoriser une industrie plus qu’une autre, du moins cela ne devrait pas être le rôle de l’État.

Or s’il est un secteur favorisé, c’est bien celui des véhicules électriques. Bien sûr, ces faveurs, il faut les justifier. C’est ce qu’a fait l’AVEQ (Associations des Véhicules Électriques du Québec) en août dernier : l’apport des voitures électriques à l’économie du Québec se chiffre à 1,8 millions de dollars ! Comptons sur l’AVEQ pour que cette donnée ne soit pas minorée.

L’équation complète

L’AVEQ a fait un calcul relativement simple : il y a 3663 voitures électriques au Québec (sur un total de 6 millions de voitures – en janvier 2012, 22 000 voitures ont été achetées dans la Province) et en un an, elles consomment pour environ 1,1 millions de $ d’électricité (énergie produite entièrement au Québec et qui ira directement dans les poches de HydroQuébec) + 760 000$ de coûts économisés en GES (Gaz à Effet de Serre qu’auraient produit les véhicules essence qui auraient été achetés à la place des électriques) = 1,8 millions de dollars dans l’économie du Québec.

Un calcul simple, mais faux car incomplet. L’AVEQ pose comme hypothèse que le conducteur aurait utilisé une voiture essence s’il n’avait pas la voiture électrique puisqu’ils tiennent compte des coûts économisés en GES. Or il faut aller jusqu’au bout de cette hypothèse et il conviendrait donc de retrancher au « bilan de retombées économiques » de la voiture électrique celles de la voiture essence. Concrètement, il s’agit de la part du litre d’essence qui revient aux raffineries québécoises (environ 7% du prix de l’essence excluant les taxes, 13% pour le diesel), au réseau de distribution (environ 16% du prix de l’essence excluant les taxes, 13% pour le diesel) (calculé à partir de données françaises) et les taxes qui sont payées au litre (30¢/l + TPS/TVQ). La question serait donc de savoir combien « coûtent » 3663 voitures essence en pétrole brut, et combien « rapportent » ces mêmes voitures en « raffinage », distribution et taxes. Plus ou moins que les 1,8 millions de dollars des voitures électriques ?

De plus, lorsque le conducteur essence fait le plein, il paie beaucoup de taxes et celles-ci servent notamment à financer les fameux rabais ! Selon le site officiel : jusqu’à 8000$ par véhicule et 1000$ par borne de recharge.

3663 x 8000 = 29304000. Les 3663 véhicules électriques du Québec auront coûté la bagatelle de vingt-neuf millions de dollars à l’État, donc au contribuable, plus particulièrement au conducteur essence. À l’heure actuelle il y a 280 bornes au Québec, ce qui donne 280 000$ de rabais.

Nous avons là tous les éléments pour faire une équation complète : 1,1M$ (consommation électrique) + 0,76M$ (GES épargnés) – x (part des produits raffinés produits au Québec + distribution + taxes sur l’essence) – 29,3M$ (rabais pour financer les voitures électriques) – 0,28 (rabais pour les bornes).

Malheureusement, comme vous pouvez le voir, il nous manque une donnée, qui n’est pas en faveur de l’AVEQ. Nous obtenons tout de même un beau -27,72 millions de dollars. Soit -7569$ par voiture électrique. L’apport à l’économie québécoise est donc négatif !

Ce que nous voyons, c’est 29 million de $ de rabais qui vont dans les poches des vendeurs de voitures électriques, 1,1M$ qui vont chez HydroQuébec et 780 mille de « coûts GES » économisés. Ce que nous ne voyons pas, c’est ce qu’aurait dépensé le contribuable avec cet argent. Peut-être, s’il en a les moyens, aurait-il acheté une voiture électrique… peut-être aurait-il remplacé sa vieille voiture par une essence plus récente, réduisant également les coûts générés par les GES ? Peut-être aurait-il utilisé son argent économisé pour visiter les recoins du Québec, contribuant ainsi à l’économie locale ?

Nous attendons avec impatience que la voiture électrique soit suffisamment attrayante pour justifier un achat sans aucun rabais. Il ne faut pas prendre le présent article comme un réquisitoire contre l’alternative électrique, mais comme un plaidoyer pour un marché non-entravé par les interventions de l’État, car, présentement, le contribuable et le consommateurs sont perdants.

Exercice inutile

La réalité, c’est que cette équation n’a aucune importance : peu importe que l’apport soit positif ou négatif. Il n’y a en fait aucune création de richesse, que l’argent soit dépensé par le conducteur électrique ou essence, il finit bien quelque part. Il ne s’agit que de redistribution. S’il fallait caricaturer, ce serait le rural, contraint d’avoir une voiture essence, qui finance le citadin pour réduire le prix d’un véhicule qu’il aurait eu les moyens de s’offrir sans rabais.

C’est un peu comme si nous surtaxions les crayons pour subventionner les stylos Montblanc. Cela ferait d’ailleurs un exercice amusant : vous êtes un vendeur de stylos Montblanc, justifiez la création d’un rabais financé par l’État. Vous avez 3 heures.

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