Énarques : adoptez une ruche ! 1

Cet article s’adresse aux énarques et autres personnes formées pour administrer l’État. Leurs soutiens y trouveront aussi de quoi réfléchir.

Elle a plusieurs noms (étatisme, interventionnisme, socialisme, etc.), mais l’idée selon laquelle l’État peut et doit résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés est plus que répandue. Particulièrement chez ceux qui se font un devoir de nous administrer.

Des qualités pédagogiques de l’apiculture

L’apiculture peut être un métier, mais également un passe-temps, même pour les citadins. Je recommande cette activité à tous nos administrateurs, énarques et haut-fonctionnaires. Pourquoi ?

Une ruche est une société très peu complexe par rapport à la société humaine, mais elle n’est pas dénuée d’intérêt pour assimiler quelques bonnes pratiques qui nous feraient le plus grand bien à nous, humains.

L’apiculteur se retrouve face à sa ruche comme un administrateur face à la société civile. Il est bien intentionné, il a à cœur que cette société se développe convenablement et soit prospère. Parfois il est même compétent : il sait comment intervenir, il maîtrise les enjeux, il sait comment cela fonctionne et il a les bonnes informations en sa possession. Néanmoins, son pouvoir de nuisance est incroyablement plus important que sa capacité à être bénéfique. Il est en effet particulièrement plus aisé de massacrer une ruche, que de l’aider avec succès à être saine, dynamique et productive. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est recommandé de se former et de s’informer avant d’acquérir sa première ruche.

Enfin n’oublions pas que, pour calmer les abeilles, l’apiculteur les enfume ! Cela, les énarques l’ont bien intégré, il n’est donc pas utile d’approfondir ce point.

Deux grands principes en apiculture devraient être enseignés aux administrateurs et ils pourraient les assimiler en ayant eux-même une ou plusieurs ruches.

Trop ponctionner est nuisible

L’apiculteur a besoin de miel, de pollen, de cire ou encore de gelée royale pour rémunérer son activité. Même l’apiculteur amateur sera bien content d’avoir un pot de miel de sa ruche.

C’est l’évidence même, mais ponctionner une ruche revient à l’affaiblir. Il faut donc savoir être raisonnable dans sa récolte. Prendre la totalité du miel est hautement préjudiciable, mais en prendre une quantité inférieure, mais tout de même trop importante l’est également. Allez réduire les réserves de la ruche avant l’hiver et revenez au printemps pour voir le résultat.

Certains apiculteurs fournissent à leurs abeilles uniquement des barrettes, à charge pour elles de construire et remplir les rayons. Certains ajoutent une cire gaufrée qui facilite et réduit le travail des abeilles pour pouvoir, en contrepartie, prendre plus de miel. Dans la même logique, certains installent même des cadres entièrement alvéolés, en plastique. Les abeilles n’ont plus qu’à remplir puis operculer.

De la même manière les administrateurs subventionnent nos entreprises pour, pensent-ils, nous faciliter le travail, nous permettre de nous développer… et pouvoir par la suite plus nous ponctionner. Car il n’y a rien qui soit gratuit dans la vie, pour les abeilles, comme pour les hommes.

Trop intervenir est nuisible

La plus grande erreur de l’apiculteur est de céder à la tentation d’intervenir sans cesse et systématiquement. Ce n’est évidemment pas pour mal faire et l’action qu’il entreprendra ne sera pas forcément mauvaise. Cependant, ouvrir trop souvent la ruche, trop la nourrir, trop la traiter, trop la déplacer, c’est perturber son fonctionnement, stresser l’essaim ou encore nuire au couvain. Concernant les traitements, certains apiculteurs considèrent même que cela limite la capacité des abeilles à adopter des comportements salutaires pour se débarrasser des parasites.

Le bon apiculteur est celui qui sait observer sa ruche sans y toucher : simplement en regardant l’activité sur le pont d’envol, le comportement des abeilles, le bruit à l’intérieur de la ruche. Il ne l’ouvrira que lorsque ce sera véritablement nécessaire… ou pour récolter son miel. D’une manière générale, il fera en sorte que son intervention soit la moins intrusive et la moins stressante pour les abeilles.

Il faut également prendre garde aux interventions bien intentionnées qui sont parfois catastrophiques. Par exemple en hiver, l’essaim forme une boule pour conserver une certaine chaleur. En effet, les abeilles n’hibernent pas, elles réduisent simplement leur activité au plus strict minimum. Certains ont essayé de placer leurs ruches dans des lieux de stockage chauffés ou encore d’introduire des sortes de radiateur à l’intérieur même des ruches, pour qu’elles passent mieux l’hiver. On pourrait penser que ce sont là de bonnes interventions, mais ce n’est pas le cas. Les abeilles sont bernées par ces signaux et ne se comportent pas comme elles devraient le faire en hiver. Entre autres conséquences, elles n’épargnent plus leur stock de miel et finissent la « saison morte » sans rien à mettre entre leurs mandibules. Voyez-vous quelles analogies nous pouvons faire avec les interventions de l’État dans l’économie ?

L’abeille d’abord

L’apiculteur a un profond respect pour les abeilles… tellement qu’il leur fait confiance ! Le meilleur apiculteur est une personne compétente et… humble ! La confiance en nous et l’humilité, c’est précisément ce qu’il manque à nos énarques, bouffis de certitudes et pétris de bonnes intentions sans se soucier de notre volonté, ni de nos aspirations, ni de nos capacités.

Pourquoi l’apiculteur a-t-il ces qualités que l’administrateur n’a pas ? Probablement parce qu’une ruche est plus fragile qu’un pays et surtout parce qu’un essaim est parfaitement capable d’aller voir ailleurs. La responsabilité est probablement un facteur (de quoi l’administrateur est-il personnellement responsable ?). Enfin, la raison fondamentale est peut-être que l’apiculteur est amoureux de ses abeilles, tandis que les administrateurs, plus particulièrement ceux qui souhaitent l’apparition d’un homme nouveau, n’aiment pas vraiment les hommes. Ceux-là, nous les retrouvons bien souvent dans des partis politiques qui se donnent une certaine mission sociale ou qui se targuent de placer «l’humain d’abord».

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