Les trucs inutiles 1

Il y a en France un certain nombre d’interventions et d’organismes étatiques qui ne servent strictement à rien. Du moins a-t-on oublié qu’on pouvait parfaitement se passer de l’État pour intervenir dans tel domaine ou arriver à telle situation désirée. Point de retour au Moyen-Âge, regardons simplement comment font certains pays. Cette liste n’est pas exhaustive et se concentre sur quelques exemples particulièrement évidents dès lors qu’on s’attache aux faits.

La politique agricole commune (PAC)

La PAC c’est une série d’aides, de subventions, de barrières douanières, de prix minimums et garantis et de quotas (le lait par exemple). Nous dit-on pour que le secteur primaire survive en Europe et évidemment pour garantir la fameuse sécurité alimentaire.

Dans les années 80, un tout petit pays, où l’agriculture a une place très importante dans l’économie, a mis fin à toutes les aides publiques destinées à ce secteur, ainsi qu’à toute forme d’intervention publique : la Nouvelle-Zélande. À deux exceptions près : les aides en cas de catastrophe naturelle et l’aspect sanitaire (la protection du consommateur).

Ce point a été détaillé dans un précédent article, la conclusion est sans appel : la PAC ne sert strictement à rien. Nous n’avons pas besoin d’elle pour remplir ses objectifs et les effets secondaires générés par cette intervention publique sont particulièrement désastreux (la politique sur le maïs suffit à elle seule à plaider contre la PAC).

Complétons ce point avec les quotas laitiers, dont l’Australie a mis fin il y a quelques années avec les conséquences positives que l’on connaît.

Le financement public des syndicats

Lorsqu’on aborde le sujet du financement des syndicats en proposant de supprimer toute forme de financement public, de telle sorte qu’ils ne se financent plus que par les cotisations de leurs membres (et dons et autres revenus), les interventionnistes nous rétorquent que les syndicats en crèveraient, or ils sont indispensables. Oui, ils le sont, mais le fait est qu’ils n’ont pas besoin d’être financés par le contribuable.

La preuve, il se trouve que plusieurs pays voisins (Allemagne, Suède, Italie…) ne subventionnent pas leurs syndicats ! Sauf de manière très marginale, mais il ne s’agit pas alors d’activité syndicale. Consultez ce rapport de l’IGAS, c’est très instructif.

Le financement public des syndicats est donc totalement inutile. Et le pire c’est que cela se fait de manière particulièrement opaque, comme leur gestion financière. Les multiples scandales financiers devraient justement alerter le contribuable.

Le code du travail

Nul n’est censé ignorer la loi. Or comment peut-on connaître toutes les subtilités du code du travail français en tant qu’employeur ? Si encore la situation des salariés était meilleure que partout ailleurs dans le monde, on pourrait très éventuellement conclure que ce code volumineux et ses règlements rigides seraient bénéfiques. Mais ce n’est absolument pas le cas. Des pays comme la Suisse ou le Danemark offrent un environnement bien meilleur que la France. Ces deux pays ont respectivement un mini-code du travail et aucun code du travail.

Si on reprenait le code de la Suisse, par exemple, nous n’aurions pas le chaos ni l’exploitation éhontée du travailleur… aucun fantasme marxiste ne se matérialiserait. Le code du travail, du moins son volume, sa complexité et sa rigidité ne servent strictement à rien et sont même contre-productifs.

La forêt de panneaux de signalisation routière

Il suffit de conduire un peu à l’étranger pour se rendre compte qu’il est parfaitement possible de conduire dans un environnement « ordonné » et sécuritaire, sans avoir une forêt de panneaux. Il paraît qu’il est même possible de n’avoir que quelques panneaux d’aide à la conduite (virage serré, formation fréquente de verglas, etc.), rien que ça (pas de feux de circulation, ni de céder le passage) et une seule règle (la priorité à droite) et cela fonctionnerait quand même très bien. Par exemple à Drachten, aux Pays-Bas. Et même dans des villes plus grandes ! Pensons à Lausanne.

L’infantilisation croissante des automobilistes ne sert là aussi à rien, strictement rien. Il vaudrait mieux leur faire plus confiance, leur laisser plus de responsabilités et simplement mettre à leur disposition des aides à la conduite (vitesse suggérée plutôt que vitesse obligatoire, comme cela se fait dans certains virages en Amérique du Nord).

Le corporatisme

Le corporatisme est une plaie. La France est particulièrement malade de ce point de vue là. Citons trois professions.

  • Les taxis. Le numerus clausus (et donc le prix de la licence sur le marché) a prouvé qu’il était totalement inutile. De nombreuses alternatives se développent pour contourner cette restriction gouvernementale artificielle et injustifiée. Quel est donc l’argument pour défendre cela ? Qu’il faut restreindre l’offre pour que les chauffeurs puissent vivre de leur métier ? Mais comment font donc les professionnels « alternatifs » ?
  • Les médecins… là encore un numerus clausus… Quelle est donc l’objectif ? Réduire l’accès à la santé ? Mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi la restriction légale suivante : les infirmières, bien que compétentes, n’ont pas le droit de poser certains actes. Simplement pour défendre la profession des médecins.
  • Les guides touristiques (guides interprètes nationaux) : une formation d’un an est obligatoire… oui parce que sans l’intervention bienveillante de l’État, les pauvres touristes pourraient se coltiner des guides incompétents. Car cette formation serait une garantie de compétence. Évidemment il n’en est rien, il s’agit juste de protéger la profession, de limiter la concurrence.

Les corporatistes ne sont pas au service de leur clientèle. Seuls les intérêts de leur profession priment et rien ne saurait justifier la protection de l’État à leur égard.

Les subventions à la presse

À part inféoder les journalistes à l’État, les subventions à la presse ne servent à rien. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant que plusieurs scandales politiques français soient partis de Suisse et de Belgique.

Peut-être que si ce secteur était plus tributaire de son lectorat, peut-être proposeraient-ils des produits de meilleure qualité ?

Le ministère de la culture

Qu’il y ait un ministère de la culture pour s’occuper partiellement du patrimoine et même le financer, pourquoi pas, cela peut se défendre. En revanche, qu’on subventionne la presse (c’est eux !), le secteur audiovisuel public (quel est donc l’intérêt d’avoir des chaînes d’État ?), le spectacle vivant et autres projets culturels… Parfois pour des journaux, chaînes, spectacles et autres produits culturels dont le public se détourne… Quel est donc l’intérêt ? Le contribuable ne peut-il pas garder son argent pour payer son journal, s’abonner à sa chaîne TV ou payer son billet pour un spectacle ?

Surtout quand on voit le budget du ministère de la justice, mission régalienne !

La guerre contre les drogues

La prohibition des drogues est un échec total : criminalisation de personnes qui ne devraient rien avoir à se reprocher, enrichissement des cartels, aucune protection du consommateur (aucun recours possible, produits chers et de mauvaise qualité), aucun effet positif sur la consommation de drogues. De l’argent jeté par les fenêtres et des vies brisées.

Le Portugal a mené une politique diamétralement opposée. Sans oublier les multiples pays et États américains qui ont légalisé le cannabis sans que le chaos s’installe, bien au contraire. Le Pays-Bas n’a limité la consommation aux résidents que pour mettre fin au tourisme du cannabis.

inutile

Ces trucs qui ne servent à rien

La liste pourrait être bien plus longue. Combien de milliards l’État (le contribuable) économiserait-il à abandonner ces missions tantôt superficielles, tantôt contre-productives, mais toujours inutiles. Inutiles parce que l’État ne remplit aucun objectif mieux que ne pourrait le faire le marché (vous et moi).

Nous n’avons pas grâce à l’État un secteur agricole sain, ni des syndicats indépendants et crédibles, ni un marché de l’emploi dynamique et attrayant, ni des routes plus sécuritaires qu’ailleurs, ni une offre en adéquation avec la demande dans le cas des taxis, médecins et guides touristiques, ni une presse indépendante et viable, ni une offre culturelle plébiscitée, ni une absence de consommation de drogues…

Sur ces quelques points, l’État n’est pas la solution, il est bien le problème.

Malheureusement, nombreux sont ceux qui pensent que l’État réussit et que sans lui ce serait pire. Alors que les exemples étrangers prouvent exactement le contraire. À l’heure de l’endettement excessif et d’une économie atone, nous avons là des pistes intéressantes pour contribuer à l’assainissement des finances de l’État ainsi qu’à la dynamisation de l’économie.

Vous l’aurez remarqué, cela passe immanquablement par l’abandon par l’État de ces missions secondaires pour se recentrer sur les missions régaliennes. Or, concrètement, cela implique de réduire le périmètre d’intervention de l’État et, malheureusement, aucun politicien n’est prêt à le mettre en œuvre.

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