Chocolat : légalisation ou prohibition ? 1

Les réactions suscitées par l’excellent article du Minarchiste concernant les drogues sont très intéressantes, publié également sur Contrepoints. Faisons le point.

Ceux qui sont pour la légalisation des drogues

Que ce soit pour des raisons utilitaristes ou éthiques, ceux qui se prononcent pour une libéralisation des drogues font le constat suivant :

  • la prohibition des drogues, comme ce fût le cas il y a longtemps pour l’alcool, est un échec total sur tous les plans : affreusement coûteux (police, justice, prison), ne réglant en rien les problèmes liés à la consommation de drogues et créant une foule d’effets secondaires néfastes et coûteux, et enfin, cerise sur le gâteau, finançant la grande criminalité,
  • les quelques États qui ont légalisé d’une manière ou d’une autre une ou plusieurs drogues n’ont pas vu la consommation exploser (si l’on fait abstraction du tourisme),
  • il est moralement discutable que l’État nous interdise de consommer quoique ce soit, qu’il criminalise un acte qui ne fait pas de victime.

Sans aborder les conséquences économiques qu’une légalisation pourrait avoir sur les finances du pays (TVA, taxes sur les revenus) et sur la situation économique des pays producteurs. Sans aborder non plus les très nombreuses atteintes dont sont victimes les consommateurs de drogues (produits de mauvaise qualité, coupés avec des produits toxiques, etc.) qu’on verrait probablement beaucoup moins dans un marché légal. Bref, sans reprendre l’ensemble des arguments magistralement développés par le Minarchiste.

Ceux qui sont pour la prohibition des drogues

Plusieurs arguments sont avancés pour maintenir la prohibition sur les drogues, tous infondés. Passons-les en revue.

  • «Mais vous n’y pensez pas ! Moi je paie la sécu et en légalisant les drogues ça va nous coûter cher pour soigner tout ce monde !» Dans le cadre actuel, le traitement des drogués coûte déjà cher puisqu’il y en a beaucoup et qu’ils sont souvent soignés. Cela ne coûte pas seulement à la sécu, mais à la société toute entière car cette prohibition aggrave les nuisances générées par le marché de la drogue. La légalisation des drogues ferait probablement du bien au portefeuille du cotisant comme du contribuable. Nous en revenons aux arguments utilitaristes. Cette crainte est donc infondée.
  • «C’est inciter les gens à se droguer, il y en aura encore plus.» Outre le fait que l’expérience montre que ce n’est pas le cas, posons simplement la question : si demain les drogues sont légalisées, allez-vous en consommer ? Est-ce son illégalité qui inciterait les gens à ne pas en consommer ? Que penser des traitements médicaux ? C’est une crainte compréhensible, mais infondée.
  • «Mais c’est dangereux de légaliser les drogues, on va multiplier les nuisances par cent !» Là encore, l’expérience montre que les violences liées aux drogues s’amenuisent avec la libéralisation, notamment parce que les prix baissent, que les consommateurs sont moins intéressés par des produits plus puissants (et toxiques !), etc. De plus, il n’empêche pas par exemple qu’un conducteur doive encore être maître de son véhicule. Ainsi, légaliser les drogues ne veut pas dire permettre de conduire sous leur emprise.
  • «Et pourquoi pas légaliser les crimes tant qu’on y est ?» La différence fondamentale entre un crime et la consommation d’une drogue est la suivante : la présence d’une victime. Qui est la victime dans le cas d’une consommation de drogue ? Un dealer qui vend un produit dont son client veut ? Pour une heure de plaisir ou pour atténuer ses douleurs ? Peut-on considérer alors que le buraliste, la pâtissier et le vigneron sont des criminels ? Tous vendent des produits prisés par leur clientèle, mais tous susceptibles de causer des dommages à la santé et une accoutumance.
  • «Il faut protéger les gens d’eux-même». Cet argument, c’est mon préféré, parce qu’il est pétrit de bonnes intentions, on imagine la personne le dire avec sincérité et la larme à l’œil. Alors quoi, au diable les libertés individuelles ? C’est un argument pernicieux, car il n’y a pas de limite à un tel raisonnement.

Protégeons les gens d’eux-mêmes : interdisons le chocolat.

Si on admet qu’il faille protéger les drogués d’eux-mêmes en faisant tout notre possible pour annihiler le marché de la drogue, alors il ne faut pas faire dans la demi-mesure. Prohiber les drogues de type cannabis, cocaïne, etc. ne suffit pas. Il faut également prohiber le tabac, c’est prouvé, c’est se donner la mort à petit feu. De même que l’alcool. Et n’oublions surtout pas les produits sucrés, salés et gras. En premier lieu un met particulièrement succulent dont des millions de personnes raffolent et, n’ayons pas peur de le dire, en consomment beaucoup trop, nuisant ainsi à leur santé : le chocolat.

«Quoi ? Interdire le chocolat ? Faire de la Suisse et de la Belgique des pays chocotrafiquants ?» Et n’allez pas me dire que le chocolat a des vertus, car certaines drogues interdites en ont aussi, des vertus.

Certes le chocolat n’est pas seul responsable, mais ce serait un bon début, avec l’interdiction des sodas, des pâtisseries et des bonbons. Mais… co-responsable de quoi donc ? Du diabète ! Toutes les 8 secondes dans le monde, une personne meurt du diabète, car nous n’avons pas su les protéger du chocolat ! Il conviendrait également d’imposer des exercices physiques… je suis à deux doigts du point Godwin si vous devinez à quoi je pense.

N’étant pas un consommateur de drogues illégales et ne vivant pas dans un coin dépendant de ce marché illégal, la prohibition n’a aucun effet direct et clair sur ma vie, pas plus qu’en aurait la légalisation je suppose. Autrement dit : j’ai toutes les raisons de ne pas m’y intéresser. Seulement cette idée de protéger les gens d’eux-mêmes me concerne. Moi je n’ai pas envie qu’on protège les drogués d’eux-mêmes contre leur grès, parce que je crains qu’un jour quelqu’un souhaite me protéger de moi-même… contre mon grès. Je crains qu’on surtaxe des produits que je consomme, par exemple certains produits sucrés, ou la bière, ou le vin, sous prétexte de m’aider à lutter contre ces produits démoniaques. Je crains qu’on finisse par interdire certains produits ou qu’on oblige des fabricants à modifier les recettes (Nutella).

Oups. C’est déjà le cas ! J’espère que ceux qui sont pour la prohibition soutiennent également les surtaxes sur le tabac, l’alcool, les produits sucrés et tout ce qui suivra. Question de cohérence.

Le combat contre le diabète gagnerait-il quoique ce soit de l’interdiction du chocolat ? Quel serait le rôle d’une telle association… y aurait-il de la place à la sensibilisation, à la pédagogie ? Ou bien serions-nous amener à faire du chocolat un sujet tabou, car produit interdit ?

À chaque fois que quelqu’un s’avance pour m’expliquer qu’il sait mieux que moi ce qui est bon pour moi et qu’il souhaite user de la contrainte ; à chaque fois que quelqu’un se targue de me protéger de moi-même pour m’imposer quelque chose que je ne souhaite pas ; à chaque fois qu’on m’avance des arguments infantilisants, je réponds ceci :

«Non merci, je suis majeur et vacciné.»

One comment on “Chocolat : légalisation ou prohibition ?

  1. Reply doinique Oct 11,2013 3 h 34 min

    i faut lire un article récent de courrier international sur Cuba : du fait de la pauvreté, obésité, diabète et maladie coronarienne serait en baisse constante ….
    la solution à nos maladies de riche » ?

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