Divisons et dévaluons ?

Quel étrange plaidoyer de Hans-Olaf Henkel. Il mentionne avec justesse quelques mauvaises réformettes du gouvernement français actuel (sans parler du précédent…). Il a compris que la France a des problèmes qui ne peuvent être résolu que par des réformes rigoureuses et audacieuses. Puis il mentionne la solution la plus simpliste qui soit : la dévaluation monétaire. Autrement dit un impôt déguisé, qui soulage les finances publiques et donne un peu de vigueur aux exportations, certes, mais qui appauvrit les épargnants et renchérit les importations (bonjour la facture énergétique), annulant de facto les éventuels gains d’une telle opération. Et ceci sans régler aucune des problématiques sur le long terme. Aucune. Car ce n’est pas en dévaluant qu’on assainit l’économie et le marché du travail ni que les travailleurs deviennent plus productifs. Au Zimbabwe certains ont cru qu’il suffisait d’imprimer de l’argent pour créer de la richesse… Ce pays est-il le plus prospère au monde ?

Bien étrange.

Alors donc selon M. Henkel il faudrait mettre fin à l’euro, pour sauver la paix. La dévaluation d’un « nouveau nouveau franc » et d’autres monnaies du Sud reviendrait à gagner des parts de marché en bradant artificiellement la monnaie et, pire, à payer nos créanciers avec de la monnaie de singe. Et ça, ça favoriserait la paix !? Ne sommes-nous pas justement en rogne envers les Chinois parce que leur monnaie est sous-évaluée ? Les Allemands seront-ils heureux de voir le Sud de l’Europe dévaluer lâchement leurs monnaies ?

Mais soit, admettons que la logique soit bonne : l’économie des pays du Sud étant anémique, les institutions publiques surendettées, la solution miracle consisterait à créer de nouvelles monnaies pour ces entités, pour ensuite les dévaluer.

Donc j’imagine que M. Henkel suggérerait également à Détroit de quitter la zone dollar et de créer sa propre monnaie !?

Cette nouvelle monnaie de Détroit résoudrait-elle les problèmes de la ville sur le long terme ? Bien sûr que non. Avec ou sans dollar, les autorités de Détroit devront travailler dur et se serrer la ceinture pour assainir leurs finances et refaire de leur ville un endroit où il fait bon vivre.

Comme pour la France. Comme pour les pays du Sud ! Comme l’Allemagne l’a fait, malgré sa monnaie qui a toujours été forte !

En réalité, la monnaie n’est pas un outil magique et ce qui compte pour l’économie et la Société, c’est qu’elle soit stable, comme un étalon-or. Ne tergiversons pas sur la monnaie, sur sa valeur (de toute façon personne ne sera satisfait en même temps). Concentrons-nous sur le fond du problème : l’incapacité des États à gérer sainement leurs finances ; leur trop forte propension à mener des politiques populistes, clientélistes et coûteuses.

L’euro est un formidable outil, parce qu’il simplifie considérablement les échanges commerciaux en zone euro. Les États-Unis ont vécu bien des crises (budgétaires notamment !), bien des fois des États fédérés ont été surendettés, ou des villes, mais ils ont eu la présence d’esprit de maintenir une zone monétaire avec leur dollar. Ce serait suicidaire pour les Européens de céder aux sirènes de la dévaluation (de l’euro ou de nouvelles monnaies nationales). Concentrons-nous sur les réformes à mener, battons-nous pour réduire la taille des États et leur emprise sur l’économie et gardons notre monnaie.

Sur nos billets d’euro il y a des portes, des fenêtres et des ponts. Supprimer l’euro reviendrait à détruire ces ouvertures. Comment comptez-vous commercer sans elles ?

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