Représentation diplomatique de la Zone euro

Certains souhaitent créer une Fédération européenne, sans pour autant s’accorder sur ses compétences. Quelle que soit sa forme, même la plus légère et respectueuse du principe de subsidiarité, la diplomatie serait à sa charge ; c’est donc un point commun entre tous les fédéralistes européens. L’objectif est de nous fédéraliser, nous, Européens, pour que nous ne soyons plus seulement un géant économique, fût-il en crise, mais également un géant diplomatique sur la scène internationale.

On nous objectera que les intérêts du Français ne sont pas toujours les mêmes que ceux de l’Allemand ou du Maltais. Soit, mais gardons bien à l’esprit que les intérêts de l’Alsacien ne sont pas non plus toujours les mêmes que ceux des Corses et des Bretons ! Sans relancer le débat sur l’intérêt politique d’une fédéralisation de l’Europe et encore moins sur sa forme, dressons simplement un portrait du réseau diplomatique en Zone euro, tel qu’il est aujourd’hui et tel qu’il pourrait être demain.

Nous prenons comme hypothèse une Fédération européenne basée sur la Zone euro, plutôt que sur l’Union européenne.

Aujourd’hui : partout, mais nulle part

Voici ce qui se cache derrière les réseaux diplomatique des pays de la Zone euro et, à titre de comparaison, celui des États-Unis.

Pays Population (millions) Ambassades Consulats* Total Employés
Allemagne 82,3 155 62 217 13 450
Autriche 8,3 83 14 97
Belgique 10,7 89 30 119 3 192
Chypre 0,8 41 4 45
Espagne 47,0 119 71 190 8 600
Estonie 1,3 33 4 37
Finlande 5,3 76 11 87 1 600
France 63,5 162 103 265 15 024
Grèce 11,1 84 51 135
Irlande 4,2 57 9 66
Italie 59,1 123 84 207 8 056
Luxembourg 0,5 26 4 30
Malte 0,4 20 5 25
Pays-Bas 16,5 115 38 153
Portugal 10,6 73 45 118
Slovaquie 5,5 63 10 73 1 112
Slovénie 2,0 42 8 50 714
Total Zone euro 329,1 1361 553 1914
États-Unis 313,2 178 116 294

*Consulats généraux, consulats et bureaux consulaires.

Pour à peine plus d’habitants, la Zone euro a 7,5 fois plus d’ambassades que le premier réseau diplomatique du monde, celui des États-Unis. Évidemment, nous ne couvrons pas plus de pays qu’eux. Ces données sont approximatives et il conviendrait d’ajouter les autres formes de représentations diplomatiques, mais ce serait remuer le couteau dans la plaie.

Cette redondance ne nous apporte rien de bon : cacophonie, dispersion, gaspillage et parfois paralysie ! Lorsque les États-Unis parlent d’une seule voix, ça chuchote à 17 dans la Zone euro (à 28 en Union européenne : 27 ministres des affaires étrangères, plus Catherine Ashton et son Service européen pour l’action extérieure).

Concernant les employés, les données viennent soit des sites officiels (Belgique, Finlande, AllemagneFrance, Italie), soit de courriels (puisque certains ministères ont répondu à mes quelques questions). En additionnant ces données partielles, où manquent des pays comme l’Espagne, les Pays-Bas, le Portugal ou encore la Grèce, on arrive à plus de 50 000 employés. Si on extrapole pour combler les données manquantes, on tourne autour de 60 000 personnes employées dans le réseau diplomatique de la Zone euro. À titre de comparaison le Department of State (USA) embaucherait 50 000 personnes environ.

Demain : partout

Non seulement notre réseau diplomatique pléthorique défend mal les intérêts des Européens, mais en plus l’argent du contribuable est gaspillé. Les pistes de réduction des dépenses, sans nuire aux services, sont nombreuses :

  • Réduction du nombre de représentants officiels (peu nombreux, mais qui ne sont pas payés au salaire minimum, qui ont souvent un chauffeur, etc.), puisqu’il est inutile d’avoir 17 ambassadeurs par pays ; suppression de ces postes et réduction du personnel au sein de la Zone euro, puisqu’il est inutile d’être représenté chez soi (une ambassade d’Allemagne en France serait comme une ambassade d’Alsace en Aquitaine).
  • Suppression du patrimoine immobilier en Zone euro (sauf pour le ministère) et réduction à l’extérieur (inutile d’avoir 17 bâtiments à Moscou). Il s’agit de fermer pas moins de 1600 représentations diplomatiques, et c’est un minimum, tout étant devant les États-Unis.
  • Rationalisation sur d’autres activités : un seul site web (donc une seule équipe technique), une seule équipe de relations publiques, idem pour les ressources humaines, la comptabilité, les programmes d’aide, etc.
  • Une seule représentation lors des rassemblements internationaux (G20, Rio+20, etc.) et dans les institutions internationales (ONU, OTAN, etc.).

Bien sûr, les petits et moyens pays ont beaucoup plus à gagner que la France, l’Allemagne ou encore l’Italie. La charge diplomatique pour le Français est beaucoup plus faible que pour le Luxembourgeois (un peu comme si la Communauté Urbaine de Strasbourg entretenait 30 représentations diplomatiques à travers le monde). Passer la diplomatie à la Zone euro allègerait considérablement le fardeau des plus petits, et bien peu celui des plus gros. Néanmoins, on dit bien qu’il n’y a pas de petites économies et en période de fort endettement public, c’est d’autant plus vrai.

De plus, une telle fusion diplomatique serait l’occasion de repenser les procédures pour simplifier et dématérialiser au maximum et donc probablement faire des économies au-delà de la simple rationalisation des effectifs, de l’organisation et du patrimoine immobilier.

Les seuls perdants d’une telle fusion diplomatique sont les employés des services diplomatiques nationaux et plus particulièrement les ambassadeurs, consuls et autres représentants officiels. Ce qui est ennuyeux, c’est que ce sont eux qui nous représentent à l’étranger comme en Zone euro. Est-ce pour cela que l’intégration européenne reste bloquée à cet intergouvernementalisme handicapant ? Que faisons-nous de l’intérêt du citoyen, du contribuable ?

Enfin, une diplomatie unique serait logiquement accompagnée d’une armée unique. Là le débat est beaucoup plus complexe, puisqu’interviennent la logistique, l’équipement et l’industrie. D’autres enjeux, d’autres contraintes, mais là aussi des avantages sont à espérer : économies par la rationalisation et économies d’échelle sont les plus évidents, il y en a d’autres.

Imaginez la Zone euro avec un seul ministère des affaires étrangères, combiné à un seul réseau diplomatique. Nous gagnerions en cohérence et en influence, tout en réalisant de substantielles économies.

Mise à jour du 10 août 2012 : données mises à jour suite à un courriel de l’ambassade d’Espagne à Paris qui précise le nombre d’employés au ministère espagnole des affaires étrangères, ainsi que son budget et ses coûts opérationnels.

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