Bienvenue en France, la maison qui rend fou

C’est l’histoire d’une Canadienne en France. Elle est sur le territoire pour un an grâce à un visa vacances-travail. Elle cherche du travail et en trouve un dans une grande chaîne de magasins. La direction des ressources humaines fait alors le nécessaire pour que la nouvelle salariée puisse travailler légalement. L’entreprise demande donc à la préfecture une autorisation de travail et transmet tous les documents nécessaires (passeport et visa de la Canadienne notamment). Celle-ci est automatiquement donnée.

La Canadienne travaille dans l’entreprise et le gérant du magasin est très satisfait d’elle. Puisqu’elle cotisera comme n’importe quel salarié français, et comme son employeur lui demande un numéro de sécurité sociale, la Canadienne se demande où elle peut le trouver et va à la Direction Départementale du Travail (DDT).

Arrivée à la DDT, un fonctionnaire zélé lui explique que son dossier sera refusé et qu’elle perdra son emploi, car personne ne lui a demandé son autorisation. Pourtant la préfecture a répondu favorablement ! C’est que la préfecture donne effectivement une autorisation de travail dans tous les cas, sauf pour les visas vacances-travail.

Peu de temps après, l’employeur est avertit, doit se séparer de son nouveau salarié et risque d’être poursuivi.

Ici, l’employeur comme l’employé sont de bonne foi, chacun a fait les démarches, personne n’a essayé de dissimuler quoique ce soit. L’erreur a été de ne pas savoir que la préfecture était incompétente et qu’il fallait faire la demande à la DDT. Nul n’est censé ignorer la Loi, or même la préfecture se trompe. La logique aurait voulu qu’elle réponde à l’employeur que ce n’est pas elle qui s’occupe de ce cas de figure, puis de la référer à la DDT. Vue la situation et l’erreur de la préfecture, il aurait été normal que la DDT régularise simplement la situation.

La Canadienne se retrouve donc sans emploi. L’employeur, lui, a perdu 2 semaines à former un nouveau salarié dont elle doit se séparer. Elle devra en chercher un nouveau, le former et, en attendant, faire en sorte de fonctionner normalement.

Ceci est une histoire vraie. Cela se passe en 2012. Un grand groupe français, qui a donc une direction des ressources humaines, n’est pas en mesure de connaître la Loi, parce qu’elle est foisonnante, complexe, changeante et regorge de cas particuliers. Si l’entreprise a le malheur de se tromper, alors que même la préfecture fait croire par ses actes que tout est en règle, elle n’aura aucun recours, aucune circonstance atténuante.

En France la bureaucratie est une mécanique mal huilée et inhumaine.

Chers amis Canadiens, bienvenue dans la maison qui rend fou. Un conseil : n’y allez que pour visiter ce pays absolument magnifique, riche d’une histoire et d’une diversité absolument fabuleuse.