Le mythe climatique de Benoît Rittaud

Aucun rapport avec l’entrepreneuriat (il faut bien s’élargir à d’autres horizons), je me suis lancé dans la lecture d’un remarquable livre du mathématicien Benoît RittaudLe mythe climatique, aux éditions du Seuil. Le changement climatique, le dérèglement du climat, le réchauffement planétaire, leur origine anthropique (activités humaines), un sujet dont vous avez sûrement entendu parler. Ces dernières années en effet, la préoccupation non seulement écologique, mais climatique, a pris une importance considérable dans les médias, la politique, l’opinion publique et donc forcément sur les entreprises. La communication et le marketing verts sont désormais un sujet de préoccupation de plus en plus important dans les stratégies des entreprises et pas seulement de celles cotées en bourse. Ce n’est peut-être qu’une impression, mais les logos de couleur verte fleurissent, les publicités sont de plus en plus orientées « écolo-friendly » et parfois les produits suivent (avec, comme le soulignerait l’auteur, des impacts positifs).

Non, vraiment, aucun rapport avec l’entrepreneuriat, même si le sujet traité est exploité par le monde professionnel. Ce livre n’a donc pas vraiment sa place ici, alors j’ai inauguré une nouvelle étagère dans ma bibliothèque virtuelle : hors-sujet.

Si la tendance est de prendre conscience de notre impact sur l’environnement (dont il n’est pas question dans le livre) et par extension sur les conditions météorologiques, Benoît Rittaud invite à l’humilité (et à la rigueur scientifique pour ceux qui s’emparent de la science) ainsi qu’à reconsidérer notre influence sur le climat dans sa globalité. Il s’agit désormais de sensibiliser sur le débat scientifique qui a lieu et qu’il ne faut pas confondre avec la frénésie médiatique qui ne retranscrit pas les nuances innombrables et les points d’interrogation des sciences relatives au sujet.

Personnellement, au fil des années, j’ai évolué de « climatostressé alarmiste » à « climatosceptique de troisième catégorie » exposé à la fin du livre :

[…] trois groupes de sceptiques me semblent devoir être distingués. […] Le dernier groupe de sceptiques [NDLR : le troisième] correspond à ceux dont la devise est : «nous ne savons pas». Nous ne savons pas pourquoi la Terre s’est réchauffée depuis le XIXe siècle. Nous ne savons pas pourquoi le climat a des sautes d’humeur. Nous ne savons pas si la stagnation actuelle de la température globale est appelée à durer. […] Nous ne savons pas, parce que le climat est une machinerie incroyablement complexe pour laquelle aucune théorie générale n’existe aujourd’hui. […]

[…] l’énoncé «je ne sais pas», lorsqu’il est dit de façon honnête, est toujours scientifique.

Benoît Rittaud aborde en fait le débat sur le réchauffement climatique d’origine anthropique sous l’angle des mathématiques et sous celui de l’épistémologie (étude critique des sciences). Cela fait des jours que je me demande comment je vais réussir à résumer ce livre sans dénaturer sa rigueur, son objectivité, ses nuances et ses extrêmes précisions terminologiques notamment. Fort heureusement j’ai trouvé un blogueur qui s’en est très bien chargé, je vous invite donc à lire le résumé de Francis Richard.

Pour ma part je me contenterai de dire que, si vous aviez oublié à quel point les mathématiques sont un sujet passionnant (même lorsque l’on ne s’y frotte pas, qu’on se contente de regarder de loin), Benoît Rittaud rend digeste ces mathématiques si effrayantes, par contre on peut le perdre à certains moments. J’ai trouvé l’aspect épistémologique très enrichissant, bien qu’ayant moins accroché. Il faut dire que c’est de la haute voltige.

Cela ne l’empêche pas d’être accessible et agréable à lire. Certaines analogies sont… inattendues !

Dans un film d’animation à succès, Toy Story, réalisé par John Lasseter, se trouve une séquence très réussie au cours de laquelle l’un des personnages principaux, nommé Buzz l’Éclair, découvre sa condition de jouet incapable de voler. Refusant d’admettre qu’il ne peut pas disposer de la pesanteur à son gré, ce petit héros se lance bravement dans le vide. L’action ralentit à mesure qu’il s’élève dans les airs, dans ce qui apparaît au spectateur comme un interminable décollage. Le ralenti est tel que le spectateur, bien que préparé au dénouement, en vient à s’imaginer que le jouet animé va finalement vaincre la gravitation et prendre son envol comme un oiseau. Et puis, au bout d’un temps qui paraît infini, un rictus se dessine soudain sur les lèvres de l’infortuné personnage tandis que l’attraction terrestre reprend ses droits. Incrédule, il lève une dernière fois les mains vers le ciel avant que se produise l’inévitable chute.

L’évolution actuelle de la courbe de température globale à partir de laquelle le carbocentrisme a acquis toute sa crédibilité a de quoi évoquer cette séquence.

Face à son argumentation claire et tellement nuancée, l’auteur s’étale malgré tout avec des précisions supplémentaires. Une idée avancée, qui pourrait être polémique, qu’aussitôt il recadre la chose et tempère ses propos. Difficile de l’accuser de manquer de rigueur ou bien de faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. Sa bibliographie, présente à chaque fin de chapitre, est… lisible et intéressante. Je suis quand même allé faire un tour du côté de ses détracteurs, j’en suis ressorti encore plus convaincu par la démonstration du mathématicien.

À ce sujet un débat intéressant organisé par le WWF :

Un long débat inégal : la première partie est dynamique, les idées étant défendues âprement, la seconde est plus technique, mais soporifique car sans interactions. Le tout m’a semblé légèrement confus entre le dérèglement climatique (débat scientifique) et son origine anthropique (plus controversée). Enfin, que peut-on conclure de la gestuelle des protagonistes ? Les adversaires de notre climatosceptique avaient presque tout le temps les bras croisés, signe de fermeture.

Pour en revenir au livre, ses conclusions sont encourageantes, la science triomphera. Je ne partage pas son enthousiasme, le « carbocentrisme » (dont le postulat est que leréchauffement climatique est manifeste et d’origine anthropique), pour reprendre son néologisme, est fermement ancré dans l’opinion publique, les médias et les politiciens qui trouvent un prétexte en or pour intervenir et justifier la nécessité d’influencer nos comportements. On a parfois l’impression que cela devient une véritable religion tant le moindre doute est perçu comme une hérésie. Cet extrait (peu compréhensible) d’Arrêtsurimage qui se termine par un « si personne ne change son comportement, c’est très grave » de la part du présentateur montre bien quels sont nos réflexes.


Les climato-sceptiques ont-ils gagné?


L’opinion dominante (en nombre, en influence, en « force de frappe », en autorité, etc.) n’est pas sceptique, il paraît même qu’il y a consensus chez les scientifiques. Walter Lippmann disait : «Quand tout le monde est du même avis, c’est que personne ne réfléchit beaucoup.»

Si le sujet vous intéresse, visitez le blog de Benoît Rittaud.